LA INQUISICIÓN REVELA. LEVINO APOLONIO(1545-1595),
PRECEPTOR CANARIO O PLAGIARIO FLAMENCO
John G. Everaert
Longtemps le pseudo-humaniste Levinus Apolonius a joui d’une fausse réputation bien établie en tant que historiographe du Pérou. Son manque d’orginalité, voire même son plagiat camouflé ont été démasqués seulement après quatre siècles(1).
Cette espèce de légende vivante s’explique par la crédibilité de ses premiers biographes. Tous remontent à la version initiale, rédigée en 1623 par Valerius Andreas(2). Pendant près de deux ans, celui-ci avait suivi à l’université de Douai les cours d’Andreas Hoins (1551-1631), alias Andries van Hoye, natif de Bruges. Au cours des années 1561-67, ce dernier avait reçu sa formation de base dans l’école latine, annexée à la cathédrale de Saint-Donatien(3). C’est précisément ici qu’il a été enseigné par L. Apolonius, sous-maître d’école à cette époque. On reparlera de cette rencontre signalée par A. Valerius.
A première vue, Valerius tenait son information sur L. Apolonius de bonne source, mais celui-ci s’était émigré vers les Canaries de jeune âge. Rien de surprenant donc que la notice biographique initiale restait très succincte. Pire encore, elle engendrait des erreurs à propos de sa production historiografique et la suite de sa carrière. Et comme les biographes postérieurs se répétaient fidèlement(4) les versions finales apporteront peu de neuf au portrait quelque peu fantaisiste de ce personnage énigmatique(5).
L’historien A. Cioranescu a contribué beaucoup à la démystification de L. Apolonius par l’ouverture du volet canarien dans la vie de l’immigré flamand(6). D’abord il a su retrouver la famille nombreuse, fondée après son mariage, en 1570, avec une fille de Tenerife. Ensuite il a pu reconstituer la dernière phase dans la carrière turbulente de L. Apolonius, celle pratiquée à Tenerife à partir de 1584. Mais surtout il a démontré non seulement que le pseudo-historiographie était un simple compilateur, mais aussi qu’un second oeuvre a été erronément attribué à L. Apolonius.
En revanche, A. Cioranesco, quoiqu’il mentionne en passant un document provenant de l’inquisition, ignore manifestement que L. Apolonius se trouvait engagé dans un procès devant le Saint-Office(7). Grâce à cette source unique nous serons donc à même non seulement de compléter et éventuellement de rectifier la carrière aux Canaries, mais aussi de dépister l’origine, la formation et l’activité du débutant en Flandre.
1. Des origines manipulés ?
Sur le titre de son ouvrage longtemps renommé, l’auteur se présente comme Levinus Apollonius Gandobrujanus, Mittelburgensis, un nom compliqué qui a donné lieu à des spéculations diverses à propos de son origine. Il est hors de doute que Levino Apolonio - la version hispanisée de sa signature s’écrit toujours ainsi -ne soit pas natif de Middelbourg, une petite ville frontalière du Franc de Bruges, située sur les confins de la Flandre zélandaise d’aujourd’hui. Ce lieu de naissance, déjà signalé par son premier biographe V. Andreas - Mittelburgensis, quod opidum est Brugensis agri - est confirmé dans l’interrogatoire de l’Inquisition qui l’identifie comme natural flamenco de Medianburgo(8) Middelbourg, anciennement la paroisse d’Heyle, avait obtenu son charte d’affranchissement en 1458, par lettres patentes accordées par le duc Philippe-le-Bon à Pierre Bladelin, nouveau seigneur du bourg. Celui-ci s’efforcera à promouvoir économiquement la jeune fondation en attirant des artisans étrangers, spécialisés dans la dinanderie. Lors des troubles religieux du milieu du XVIe siècle, la religion réformée s’infiltrait à partir de 1566. Aux cours des années 1572-73, une bande de Gueux de mer venant de Flessingue (Zélande) assiégeait et saccageait Middelbourg. Par après la petite ville fortifiée ne se redressa plus jamais de ses plaies(9). Mais auparavant, L. Apolonio avait déjà démenagé de sa ville natale.
Généralement, notre personnage est mieux connu sous la version latinisiné et ensuite hispanisé d’Apollonius/Apolonio. Mais il s’agit certainement d’un nom d’emprunt qu’il utilise tant comme auteur que pour expliquer son ascendance (voir arbre généalogique) devant l’inquisiteur. Manifestement il s’est inspiré du prénom de sa mère, Apolonia, morte en couches lors de la naissance de son second fils, Levinus. Celui-ci n’a donc jamais connu sa mère et ne mentionne nulle part son nom de famille. Il ignore d’ailleurs comment s’appellent les grands-parents du côté maternel, qu’ils n’a pas connu non plus.
En réalité, Levino Apolonio s’appelle Lieven van Ghentbrugghe, patronyme assez répandu en Flandre. Sous la forme de Gandobruganus/Gandobrugano, il ajoute parfois son véritable nom de famille à celui d’Apollonius. C’est le cas pour les pages de titre de son De Peruviae inventione (1566); par contre, la dédicace de la deuxième édition (1567) est signé simplement, Levinus Gandobruganus. Cette pratique de latiniser son propre nom et d’inventer éventuellement un nom latin de bonne résonance est typiquement humaniste. Déjà en 1564 il figure de son nom adoptif de Livinus Apollonius dans les actes capitulaires de Saint-Donatien à Bruges(10). Aux Canaries il utilisera presque toujours uniquement la version hispanisée de Levino Apolonio, à l’exception de deux documents(11) datant de l’année 1570 et qu’il signe de Levino Apolonio Gandobrugano(12).
Selon ses dires, son père, qui s’appelait également Apolonio Levino aurait exercé diversos oficios de honra (charges honorifiques); finalement, il fut regidor o escabino, un des échevins de Middelbourg. Puisque celui-ci meurt en 1560 et que les comptes échevinaux font défaut pour les années précédentes, la vérification reste impossible(13). Le grand-père, du même nom d’ailleurs, aurait été notario. Peut-on l’identifier avec Lyevin van Ghentbrugghe, fils de Jan et natif de Haertvelde (Ertvelde, près de Zelzate), et qui a obtenu en 1487 le droit de bourgeoisie à Bruges ?(14) Comme le frère aîné de Levino Apolonio, appelé Adriano, est mort dans les guerres des Flandres, la descendance s’éteind à Middelbourg(15).
Finalement, l’année de naissance varie selon les déclarations. Au cours du second interrogatoire inquisitorial (9 février 1573), Levino Apolonio déclare avoir 28 ans, ce qui nous ramène en 1544. Mais une semaine plus tard, dans une digression ajoutée à se confession de foi écrite, il signale que lors du dècès de son père en 1560, il était un simple moçuelo de 13 años (jeunot de 13 ans), ce qui reporterait la naissance vers 1547. Cependant nous optons pour la première date mentionnée, puisqu’en 1564 - à l’âge de 20 ans donc - il deviendra professeur auxiliaire à Bruges(16).
2. Un jeune latiniste à l’avenir promettant
Levino Apolonio a certainement reçu une bonne formation de latiniste. Selon ses propres paroles, dès son enfance il a grandi en buenos estudios y con precetores catolicos. Tout porte à croire qu’il a été éduqué au collège Saint-Donatien, remontant vers 1200 et fondé auprès de la cathédrale de Bruges. Parmi les trois écoles chapitrales, existantes à Bruges vers 1550(17), c’était de loin la plus réputée et elle méritait bien la qualification de schola major(18).
L’école latine, annexe à Saint-Donatien, était placée sous la surintendance d’un scholaster, un écolâtre diplômé. Son programme d’études comportait deux sections. Tout d’abord la scola litteraria, dont les principaux objectifs étaient l’instruction religieuse et littéraire. Celle-ci disposait de deux enseignants : les rector scholarum ou maître d’école en chef, ayant généralement le diplôme universitaire de maître-ès-arts; souvent il s’adjoignait d’un aide, appellé submonitor ou hypodidascalus, parfois recruté dans les propres rangs.
L’enseignement journalier prévoyait 41/2 heures d’instruction intensive de grammaire et de littérature classiques, complétées par 3 heures d’excercices écrites (répétitions) et orales (conversations). La matière et les manuels en usage témoignaient de l’esprit de rénovation humaniste : Despauter, grammairien du latin, et casembroot pour le grec; une série modèle d’auteurs classiques d’expression latine; quelques oeuvres d’Erasme.
D’autre part, il y avait la scola cantualis, sous la conduite du magister cantus (maître de chant). Elle ne venait qu’au second rang avec seulement 2 heures de formation musicale, obligatoire pour tous les élèves mais destinée surtout aux choraux.
Cet entraînement poussé, grâce aux cours réguliers et bien complets d’humanités, aboutissait à une connaissance assez étendue de la langue latine. une ou deux fois par ans les meilleurs élèves présentaient une oration ou jouaient une pièce classique au réfectoire des chanoines. Ceux qui menaient l’école latine à son terme, étaient censés aptes a suuivre les cours universitaires dans la faculté des arts.
Middelbourg, ville natale de L. Apolonio, disposait également d’une école latine, d’ailleurs avec celle de Sainte-Pharaïlde à Gand une des meilleures de la Flandre. Bruges même comptait encore de très bonnes écoles des Frères, ainsi que beaucoup de professeurs privés, souvent d’un niveau supérieur à celui des écoles chapitrales(19). Nous ignorons où L. Apolonio ait suivi éventuellement une scolarisation primaire mais nous sommes presque sûrs qu’il a fréquenté l’école latine de Saint-Donatien.
Afin de convaincre les inquisiteurs canariens de sa catholicité, il invoque comment à l’âge de 10 ou 11 ans (vers 1555 donc) l’évêque suffragant d’Utrecht (Maestricht ?) lui a tonsuré la corona. De cette manière il prie encore quotidiennement le miserere et le de profundis, sans pouvoir produire cependant le certificat de la tonsure(20). D’autre part, nous savons qu’à Saint-Donatien, lors de leur admission on appliquait la rasure aux choraux et aux réfectionaux, simple tonsure cléricale qui n’impliquait aucune ordination primaire.
En outre, le professeur du musique conduisait journellement ses élèves au tombeau du fondateur pour y réciter les chants précités, mémorisés par L. Apolonio. Par conséquent, nous supposons que celui-ci a pu jouir du régime des réfectionaux. Cette institution, fondée vers 1426, entretenait au frais du chapitre treize jeunes pensionnaires-boursiers, attachés au service de l’église Saint-Donatien pour les préparer à la vocation sacerdotale. Outre les leçons de chant, ils suivaient les classes latines à l’école de la cathédrale(21). A mon avis, l’éducation de L. Apolonius ressemble beaucoup à celle d’André Van Hoye (1551-1631). Celui-ci fut admis en 1561 - donc également à l’âge de 10 ans - comme refectionalis de Saint-Donatien et suivait les cours de l’école latine jusqu’en 1567, ayant alors 16 ans, il versifiait non sans talent(22).
Peu après ses études latines(23) L. Apolonius entre au service de son école, faisant fonction de hypodidascalus ou professeur auxiliaire sous Johannes Zomers, maître d’école en chef entre 1562-66. Lorsque celui-ci, accusé de sympathies d’hérésie (prêche des gueux et un livre suspect) doit démissionner en août 1566, L. Apollonius sera également remplacé. Voilà donc comment expliquer son signalement de professor in Academia Brugensi et d’avoir été précepteur d’André Van Hoye aliorumque plurium doctorum Brugis (et de plusieurs autres savants de Bruges) il était certainement apprécié, puisqu’en juin 1564 le chapitre lui permet de prononcere au réfectoire des chanoines un discours de laude nobilitatis, un éloge de la noblesse. Dans l’autorisation, il figure comme Magister Livinus Apollonius, la première mention du nom d’emprunt latinisé(24).
3. Une "histoire du Pérou" truquée
Deux mois après le renvoi de son patron, suivi de son propre départ de Saint-Donatien, L. Apollonius met la dernière main à son opus magnum intitulé De Peruviae inventione(25) et dont la dédicace porte la date de "Bruges en Flandres, 14 octobre 1566". (postridie Id. Oct.). La première édition sortira encore la même année à Anvers des presses d’Aimé Tavernier. Ce typographe polyvalent, mieux connu comme tailleur et fondeur de lettres que comme imprimeur, était l’inventeur des caractères imitant l’écriture flamande (caractères de civilité); il travaillait également pour l’entreprise de Chr. Plantin. La distribution était assurée par la maison anversoise de Jean Beller, un savant linguiste et imprimeur recherché pour la beauté de ses éditions(26). L’édition de 1567 est de la même impression que les exemplaires au millésime de 1566; le titre seul a été réimprimé(27).
Pourquoi L. Apolonio a-t-il entrepris la tâche d’écrire sur la découverte et la conquête du Pérou ? Dans l’avant-propos, à la fois une dédicace rhétorique et vantarde, il en expose les motifs. Sa vocation d’historiographe, il veut la réaliser en entamant une histoire des Indes écrite en latin, car jusqu’alors les humanistes ne disposent pas d’un instrument approprié. Le choix du Pérou et les sources utilisées, il les justifie par le fait que beaucoup de compatriotes, organisés en sociétés, font des négoces opulentes au Pérou(28). Ces correspondants amis lui procureraient des informations vérédiques de première main sur ce pays de cocagne, riche en mines d’argent mais perturbé par des révoltes.
C’était un grossier mensonge, en vérité, il fait son tyrocinium meae inventutis (début de jeunesse) par une falsification. L’unique source utilisée, c’est la chronique écrite par Agustín de Zárate, arrive au Pérou en compagnie du premier vice-roi (1544-46) et témoin oculaire des événements spectaculaires(29). Afin de dissimuler l’emprunt L. Apolonio a simplement transposé son modèle espagnol : au début il le paraphrase et même le dilue parfois, en insérant des considérations moralisatrices ou des discours littéraires mis dans la bouche des protagonistes; vers la fin il résume de plus en plus(30). En tant que puriste il change ou transforme d’une façon douteuse les noms propres espagnols et indiens conformément à la phonétique latine, de manière qu’ils restent souvent méconnaissables.
Alors que Cioranescu et Verlinden ont déjà démasqué L. Apolonius, nous irons encore plus loin. Selon toute probabilité il ne s’est pas servi de l’édition espagnole de Zárate, originalement publié à Anvers en 1555, mais bien de la version flamande, traduite par Rumoldus de Bacquae et également imprimée à Anvers par Willem Silvius en 1564(31). Pourquoi ? Pour la bonne raison que L. Apolonius ignorait la langue espagnole lorsqu’il a entrepris son plagiat. En effet, en 1570, il déclare comment peu après son arrivée aux Canaries il y a trois ans, il se sentait aun casi bosal en la lengua española (encore presque sans expérience dans la langue espagnole) ou, comme son avocat, le formulera en 1573, ...no estava diestro en la langua (pas expérimenté dans la langue)(32).
Son travail de compilation et de traduction à base de la version flamande de Zárate, aurait donc demandé seulement deux ans. Cela représente une prestation remarquable, pour un jeune latiniste qui a juste la vingtaine, en plus responsable d’enseignement. Nous ignorons la diffusion et/ou le succès contemporain de l’oeuvre de L. Apolonio. Cependant il a été réutilisé par un compilateur allemand. En 1583 Nicolas Höniger, originaire de Königshöfen-au-Tauber (près de Würzburg) publie à Bâle une trilogie en langue allemande sur le Nouveau Monde. Pour la description du Pérou il se sert de l’adaptation latine faite par L. Apolonius. Il y ajoute une relation sur l’expédition désastreuse française vers la Floride (1565)(33). Selon le traducteur, le tout est basé sur des "glaubwürdige Personen" (porte-parole dignes de foi), mais il ne cite nominativement que le "hochberümbte Geschichtschreiber Levinus Apollonius Gandobruganus" (l’historiographe fameux...). Ce malentendu à trompé les premiers biographes qui lui ont attribué la paternité d’un ouvrage apocryphe, soi-disant publié en 1568(34). Mais à ce moment-là, notre héros avait déjà définitivement quitté son pays natal.
4. Une nouvelle vie sur une île lointaine
A juste titre, les premiers biographes signalent comment L. Apolonius, après avoir écrit et publié son histoire du Pérou est parti pour l’Espagne. Mais qu’il ait continué pour le Pérou, c’est de la pure fantaisie. Dès lors ils hésitent également à propos du lieu de décès : le Pérou ou les Canaries ?(35)
L. Apolonio lui-même nous apprend qu’il s’est embarqué en février 1567 pour les Canaries, et plus particulièrement qu’il est arrivé à l’île de La Palma. Cela veut dire qu’il s’est émigré seulement quelques mois après la publication de son ouvrage ! Pourquoi ce départ en quelque sorte précipité ?
Est-ce que la mise au jour de son plagiat lui a causé du désagrément ? Beaucoup d’auteurs humanistes appliquent le procédé de la compilation, mais L. Apolonius a intentionnellement dissimulé son prédécesseur afin de se profiler comme historiographe original. En tout cas, au cours de son procès devant l’Inquisition il faut le silence complet sur son oeuvre de jeunesse.
A-t-il été rejeté, pour la même raison précitée, par la petite communauté humaniste qui s’était formé à Bruges, entre 1563-76 autour de l’imprimeur-éditeur H. Goltzius ? Ou pire encore, a-t-il été désavoué par cet influent et noble personnage, duquel il aspirait peut-être faire son protecteur? En effet, L. Apolonius a dédié son livre à Jacob van Claerhout, qui tenait sa résidence dans l’hôtel de Pittem, jadis un des plus belles demeures de Bruges - devenue plus tard le palais épiscopal (36).
Conforme à la tradition humaniste, il se développait aussi à Bruges un certain mécénat, mais le débouché pour les imprimés y restait limité. Il y avait simplement trop d’intellectuels pour un marché du travail serré. Les bonae litterae suffisaient donc rarement pour joindre les deux bouts, à moins qu’elles furent complétées par des études de droit ou de théologie. Par conséquent, pour beaucoup de viri docti, la mobilité s’impose. Faire carrière hors de la ville natale, au besoin même à l’étranger, était souvent la règle(37). Est-ce que la perte de son emploi comme professeur auxiliaire à Saint-Donatien qui a incité L. Apolonius à émigrer ?
Une dernière circonstance, et peut-être pas la moindre, pour expliquer le brusque départ de L. Apolonius, est la constellation religieuse ui règne à Bruges en 1566. Au cours des années 1560-65, le paysage des opinions y est assez diversifié. Le camp réformateur se compose d’Anabaptistes et surtout de Calvinistes avec leur communauté vitale mais peu numérique. Le bastion des Catholiques traditionalistes trouve un fervent défenseur dans la personne de l’évêque Curtius (Pierre de Corte). Afin de contrecarrer le Protestantisme, il ordonne en 1565 de contrôler les maîtres d’école et d’examiner leurs manuels. La fraction du centre-finalement, groupant les simples Catholiques critiqueurs ou moins, est dominée par une minorité élitaire de tendance irénienne, inspirée par Erasme et Cassander. Elle se manifeste surtout parmi les échevins, qui misent sur la réconciliation entre l’église et les réformés(38).
A partir du printemps de 1566, la Calvinisme se manifeste ouvertement à Bruges et vise un auditoire massif. Une vague de prêches en plein air se déroulent en plein été aux alentours de la ville. Accusé d’avoir assisté à une manifestation des gueux, Jan Zomers, maître d’école en chef à Saint-Donatien, sera congédié. Trois mois plus tard, son adjoint L. Apolonius sera également remplacé. Nous ignorons les raisons exactes. A-t-il été automatiquement licencié lors de la démission de son supérieur ? Était-il soupçonné de sympathies hérétiques ? A l’en coire, tout au contraire !
En 1573, il raconte aux inquisiteurs comment, au cours des échauffourrées à Bruges, maintes fois plusieurs hérétiques lui ont escarnescido y aun afrentado (ridiculisé et même affronté) pour ses convictions catholiques. Et il cherche a prouver aux enquêteurs son intégrité en faisant remarquer que Bruges n’a jamais vécue les excès des troubles religieuses comme dans les autres places des Pays-Bas. Et c’est vrai, puisque grâce à la politique modérée du magistrat et refréné par la milieu civile et la présence d’un garnison militaire, l’iconoclasme calviniste n’y a pas fait des ravages. L. Apolonio prétend même qu’il s’est expatrié de sa libre volonté et intentionnellement por vivir...en reynos pacificos y no infícionados (injectés)(39). Exagération pour camoufler un faux pas de jeunesse ?
Et pourquoi choisir les Canaries et plus particulièrement l’île de La Palma ? Dès le début du XVIe siècle, l’économie sucrière avait attiré beaucoup d’immigrés flamands(48). La colonie marchande flamande était assez nombreuse sur Ténérife et encore plus sur la Grande Canarie. Mais surtout les plantations sucrières sur la fertile île de La Palma avaient attirés des investisseurs flamands. Le cas de l’entreprise Groenenbergh-van Dale d’origine anversoise est bien connu(40).
La famille brugeoise des van de Walle s’y manifeste également. En 1535, Luis dit le Vieux (1505-87) s’installe sur la Palma où il épouse la fille du conquérant de l’île. Il établit une exploitation près de Tazacorte, se taille une fortune et devient le bienfaiteur de la ville de Santa Cruz. En 1565 il opère en compagnie avec son fils Thomas et Jan van Daysele, un autre flamand. Le marchand Juan Jacques, marié avec Anna van de Walle, séjourne d’abord sur La Palma et ensuite sur Ténérife. De retour à Bruges, il y engage un facteur (1544-47) Balthasar Guiselin, pour gérer ses biens dans l’île de La Palma. Ce dernier y épouse d’ailleurs la jeune Catalina, fille unique de Jorge van de Walle, frère de Luis, et native (1530) de Tenerife(41). Leurs parents envoient leur fils aîné, nommé Diego de Guisla, à Bruges, - probablement pour y faire ses études - où il a bien connu - en tant qu’élève ou ami ? - Levinus Apolonius! En tout cas, en 1573 celui-ci le recommande devant l’inquisition comme témoin a décharge, puisque me conoscio mucho tiempo... en la ciudad de Brugas (il me connût longtemps dans la ville de Bruges). Voilà donc les précurseurs brugeois qui lui ont donné le goût de sa nouvelle patrie(42).
En février 1567, Levino Apolonio quitte la Flandre pour toujours et s’installe à Sante Cruz de la Palma. Il y est engagé tout de suite par les deux monastères de Santo-Domingo et de San Francisco pour y enseigner aux frères(43). Dans l’école conventuelle de San Francisco il occupe le poste de preceptor de gramatica. L’adaptation n’est pas facile, car il ne maitrise pas bien la langue espagnole(44) mais de plus grandes difficultés l’attendent encore.
5. L’Inquisition rappelle à l’ordre
Avec la réorganisation et la récupération de son autonomie en 1567, l’Inquisition canarienne donnera la chose aux hétérodoxes, rigueur résultant dans un premier auto da fé, célébré à La Palmas de Gran Canaria (1569). Entre mai 1568 et janvier 1571, Pedro Ortiz de Fúnces, le nouvel inquisiteur contra el crimen de la heregia y apostasia (contre l’hérésie et l’apostasie) organise une tournée d’inspection dans son district qui couvre tout l’archipel(45).
En été de 1570, la visita passe à l’île de La Palma. Certains espagnols portent plainte contre Levino Apolonio, preceptor de gramatica, flamenco pour avoir prononcé des phrases dangereuses. Que c’est-il passé au juste ? Quelques mois auparavant, lors de ses cours en el estudio de San Francisco (l’école conventuelle), il s’était fâché contre ses disciples en s’exclamant "Dios no passo o padescio tanto quanto yo passo o padisco con vosotros" (Dieu n’a pas autant souffert que mois je dois supporter de vous). A cause de ces paroles imprudentes on le dénonce por hereje luterano...o al menos suspechoso dello (hérétique luthérien ou pour le moins suspect). Une autre fois, en parlant de sa jeunesse, il leur racontait comment en Flandre los muchahos hazian o tenian unos sacramentilles (les jeunes garçons faisaient ou avaient quelques sacramentillos (sic). Ces souvenirs maladroitement évoqués sont interprétés comme proposiçiones temerarias y escandalozas (propositions témémaires et scandaleuses).
Dans les premières suppliques, écrites de sa propre main, Levino Apolonio Gandobrugano tâche de se justifier devant l’inquisiteur. Il s’excuse d’avoir dit éventuellement de telles injures dans un déchaînement de colère devant ses élèves; il ne faut donc pas voir malice à tout, puisque c’était un subito lapsus linguae. Quant à l’expression condamnée de sacramentillos, il explique comment d’habitude en Flandre les jeunes gens avaient de petits ostensoirs de la grandeur d’un doigt et moulés de plomb; ils jouaient avec ces monstrances miniaturisées, placées sur de petits autels, garnis d’images d’encensoirs minuscules. Vu son vocabulaire espagnol limité il n’avait pas pu imaginer de meilleure traduction pour le terme flamand de "sacramenkens" que es diminutivo de sacramento.(46)
Quel était son auditoire offusqué ? Nous savons déjà qu’il enseignait les frères des couvents dominicain et franciscain. Mais curieusement c’étaient des élèves laïques qui dénoncaient leur précepteur de grammaire. Celui-ci tenait son estudio dans le couvent de San Francisco pour un publique mixte d’estudiantes frayles y leges. L’inquisiteur enregistre les dépositions sous serment de plusieurs écoliers. L. Apolonio a déjà indiqué quelques noms - Hernando Goncalez, servant ou enfant de choeur de l’église, Hernando de Castilla Calbeça de Vaca; Diego Garcia - mais l’inquisiteur préfère sa propre enquête auprès de Pedro Espino (fils du bachelier Juan Espino), Domingo Garcia (16 ans) et Gonçalo de Medina (fils d’un tonnelier); tous habitent (Santa Cruz de) La Palma(47).
Probablement L. Apolonio est rémunéré par les deux ordres pour enseigner le latin aux jeunes frères. Les Franciscains abritent également son école, dans laquelle il accepte en plus et pour son propre compte des élèves privés, fils des vecinos (bourgeois) de la classe moyenne. Il ne touche aucun salaire de la part du Cubildo insulaire, lequel a d’ailleurs contracté un autre maître d’école(48).
Provisoirement, notre précepteur flamand n’est plus importuné par l’inquisition. En novembre 1570, il passe un contrat de mariage avec les parents d’Antonia Treviño, natif de La Laguna (Tenerife) la dote (300 doublons d’or) est modeste, toute comme la famille d’artisans d’origine portugaise. Le couple s’installe probablement sur l’île de Tenerife. Un an plus tard, une fille y naît, baptisée Polonia, sans doute à la mémoire de la mère de L. Apolonio(49).
Tout à coup, le 8 novembre 1572, les inquisiteurs décident de convoquer L. Apolonio en personne à Las Palmas de Gran Canaria pour terminer la cause. Auparavant et sur les instances de l’inquisition, le précepteur flamand s’était déjà déplacé vers l’île de La Gomera en vue d’une seconde visita. Sous peine d’excommunication, d’une amende de 10.000 maravédis et d’être emprisonné à ses frais, il se présente le 11 janvier 1573 devant le tribunal à Las Palmas. Pour la durée de son procès on lui inflige la résidence forcée. Son départ de Ténérife et la convocation soudaine embrouillent ses affaires particulièrement sur La Gomera, où il abandonne ciertos dinerillos, papeles y otras cosas(50).
Le premier interrogatoire prend une semaine (9-16 février 1573). L. Apolonio expose son origine et est soumis à un test sur les prières élémentaires(51). Il adresse une longue pétition autographe - saupoudré d’expressions et de citations latines - à l’inquisiteur principal, dans laquelle il se qualifie de hombre de letras qui exerce la profession de enseñar a mancebos (enseigner la profession de enseñar a mancebos (enseigner les garçons). En repartant des inculpations, il reproche ses anciens élèves dénonciateurs de vouloir le tachar o enfamar...de sospechoso por ser yo estrangero y flamenco (souiller ou calomnier...de suspect pour être étranger et flamand, bien qu’il ait perdu tout contact avec son pays natal à cause de la distance, des troubles et le peu d’information. Cette allusion peu camouflée de xénophobie, se confirme dans l’acte d’accusation criminelle, portée contre lui deux mois plus tard. Le fiscal l’incrimine de propositions scandaleuses et hérétiques, et en plus ...comoes Flamenco es mas grave y engendra mas sospecho (le fait d’être Flamand, aggrave le cas et suscite le soupçon) (52).
La mauvaise réputation des Flamands d’être une nasción tan sospechosa - à cause de l’agitation politico-religieuse et la progression du protestantisme, se traduit aux Canaries par une chasse a intensifiée au cours des années 1570. Quelques marchands flamands de grande taille, tels que Miguel de Monteverde et Daniel Bandama (Vandamme) seront longtemps importunés et même incarcelés(53).
Le séjour obligatoire de L. Apolonio sur Gran Canaria s’éternise et les fêtes de Pâques, période de vacansia pour l’inquisition, s’approchent. Dès lors, il demande et obtient la permission de visitar mi casa en Tenerife sous promesse de retourner après la Quasimode. En guise de caution, un certain Miguel de Arancibia se porte garant comme son carselero. Vers cette période, son fils aîné - nommé Adriano en souvenir du frère dédédé de Levino - doit être né.
Le procès reprend donc au début d’avril 1673 par le réquisitoire, soustenue par des témoignages à charge écrites, essentiellement de la part des discipulos muchachos de L. Apolonio. Celui-ci - à tort identifié comme vezino (bourgeois) de la ysla de La Gomera - réplique, par la voix de son avocat, que les dénonciateurs ne sont que des muchachos de poca edad y capacidad, incapables de faire la distinction lors de leurs dépositions. Par conséquent il plaide no tengo culpa alguna (non coupable)(54).
De son côté, la défense elle-aussi organise un petit défilé de témoins à décharge. La moitié d’entr’eux sont des religieux, des frayles de la même génération que l’accusé et qui l’ont fréquenté lors de ses séjours sur les différentes îles : fr. Gabriel de Herrera (32 ans, couvent de La Palma), fr. Juan Merino (23 ans, su amigo), fr. Agustin de Santa Cruz et fr. Blas Merina. Tous confirment la catholicité ("muy buen christiano" de L. Apolonio. Celui-ci a également mobilisé Gonzalo de Córdoba, notaire de La Palma, qui confirme que le suspect tenia escuela de preceptor de gramatica e yorposa (?) de el convento de St Franco (tenait école de précepteur de grammaire et ? du couvent franciscain). Afin de dissiper le malentendu à propos des sacramentillos, L. Apolonio a contacté trois marchands flamands, résidant sur Gran Canaria : Cornieles de Menacre (Manacker, 38 ans) Daniel de Bandame (van Damme, 19 ans) et Cornieleos Artogo (de Hertoghe, 32 ans). Ses compatriotes expliquent comment en Flandre les parents achètent à bas prix pour leurs enfants des menudencias (babioles) des jouets fabriqués en plomb ou en étain, pour imiter un petit autel(55).
Le procès traîne en longueur, et les inquisiteurs n’arrivent pas à rendre un jugement définitief. Tous ces mois-là, L. Apolonio se voit bloqué à Las Palmas de Gran Canaria, jusqu’au moment où, le 12 septembre 1573, il obtient la licençia para que se vaya a su casa. Il obtient la permission d’aller et de vivre sur un île quelconque, à condition de ne pas sortir de l’archipel dans le délais de deux ans sans demander l’autorisation(56). Probablement le ménage retourne à l’île de La Palma où L. Apolonio exerce sans doute son ancienne profession. La famille s’installe à Santa Cruz de la Palma jusqu’en 1583 et elle s’agrandit de deux fils, baptisés Tomás (°1576/le nom du beau-père) et Antonio (°1581), ainsi que d’une fille, appelée Catalina (°1583, selon la belle-mère). Comme parrain de celle-ci figure Jerónimo Vandala, frère cadet de Pedro van Dale, administrateur d’un important domaine sucrier, repris en grande partie des Monteverde(57).
En 1577, L. Apolonio prend l’initiative de se libérer de l’hypothèque de l’Inquisition et voyage personnellement vers la Gran Canaria. Puisque le terme de deux ans, fixé en 1573, de résidence obligatoire sur les îles, est déjà expiré longtemps, il simula de vouloir déménager bientôt vers l’Espagne. C’est pourquoi il sollicite un certificat de catolico cristiano y sin sospecha, pour que sa sécurité et sa bonne réputation ne soient pas gênées sur la péninsule. En plus, il souligne qu’il est estrangero y pobre, ce qui le rend encore plus vulnérable sans attestation de bonne vie et moers. Le 26 février 1577, les juges inquisiteurs décident unaniment de suspendre son procès et de lui rendre la liberté de mouvement complète para yrse a enbarcar (afin de s’en aller en embarcation)(58).
Sur l’île de La Palma, la position socio-matérielle du maître d’école L. Apolonio ne paraît donc pas brillante(68). Il y a contracté pas mal de dettes, qu’il remboursera plus tard étant à Ténérife. En effet, en avril 1584, il pose sa candidature auprès du Cabildo de cette île à un poste d’enseignant publique. Il produit quelques lettres de recommandation de la part de l’évêque des Canarias, d’un chanoine et même du gouverneur de Ténérife, qu’il a approché lors de sa visite à La Palma. Après délibération, il est engagé comme preceptor de gramatica; il touche un salaire annuel dérisoire de 20 doublons (10.000 mar) ce qui représente seulement le cinquième de la paie de son prédécesseur décédé. Il s’asseoit cependant une bonne réputation, puisqu’il fait la classe gratuitement à beaucoup de pauvres et de frères et qu’il s’est manifesté comme un ombre doto (homme savant). Un an et demi après, son traitement est augmenté de 50%, en y ajoutant un secours en nature de 6 fanegas de blé.
Par après, son prestige se dégrade. En janvier 1592, L. Apolonio risque de perdre son emploi et ce n’est qu’après l’intervention d’amis et de protecteurs, que le Cabildo le maintien provisoirement en service pour des raisons purement humanitaires. En effet, un licenciement le condamnerait à la mendicité, car ...demás de ser su probreza tan grande que, si se le quitase, sería andar él e su mujer e hijos pidiendo de puerta en puerte. La discussion continue au sein de l’assemblée et parmi les échevins, les plaintes s’accumulent y comprise l’accusation de faltas notorias (fautes de notoriété publique) et de la poca dotrina (pauvre enseignement). Finalement il est congédié, mais, puisque le successeur déjà nommé ne se présente pas, L. Apolonio continue à donner des cours contre un salaire réduit et honteux de 10 doublons. Deux ans plus tard, en février 1594, il doit partager sa fonction ainsi que se pauvre rémunération avec un autre preceptor de gramatica.
En automne de 1594, il cède le pouvoir d’aministrer ses biens sans aucun doute très modestes à son épouse. Et lorsqu’en février 1595, son remplaçant à mi-temps sera nommé, Levino Apolonio était probablement déjà mort à l’âge d’environ 50 ans.
Au fond Levinus Apolonius est un personnage dramatique. Il a eu une vie malchancheuse, à la fois de sa propre faute et comme victime de circonstances facheuses. Devenu ophelin à un âge encore jeune, Lieven van Ghentbrugghe reçoit une éducation soignée et une formation solide de latinuste au collège chapitrale de Saint-Donatien à Bruges. Prédestiné à une carrière de maître d’école et d’homme-de-lettres respecté, il publie en latin et sous son propre nom une histoire du pérou, une adaptation dissimulée de la traduction flamande de la chronique de Zárate. Un licenciement imprévu, la honte peut-être du plagiat, le besoin d’un travail à défaut d’un protecteur, une implication involontaire dans les troubles religieuses, tous ces facteurs ont incité le futur humaniste à l’émigration vers les Canaries.
L’élite quelque peu flamandisé n’y compense pas le niveau intellectuel, plutôt médiocre de la classe laborieuse et même du clerge sur l’île subtropicale de La Palma. Par son langage indiscret et à cause d’une jalousie à peine déguisé envers les Flamencos, en plus suspects de contamination hérétique, notre précepteur de grammaire se trouve confronté à l’Inquisition. Un procès traînant en longieur qui nuit à sa réputation et le peu de respect et de salaire dont jouissent les enseignants dans cette société semi-coloniale, le forcent à déménager vers Tenerife, où des problèmes similaires l’accableront. Il meurt vers la cinquantaine, la fin d’une carrière intellectuelle promettante qui se termine dans le déshonneur professionnel, l’indigence matérielle et probablement aussi la misère humaine de l’ivrognerie. Cette évocation de la vie et de la carrière de Levino Apolonio prouve bien que parmi les nombreux émigrés flamands vers les îles atlantiques, le succès et la fortune ne se ramassaient que rarement.
POLONIO (VAN GENTBRUGGHE)
Levino Apolonio x
(notaire)
Apolonio Levino x Apolonia Tomás x Catalina
(échevin de Middelbourg)+ en couches Rodriguez Treviño Rodríguez
1560
Adríán Apolonio Levino APOLONIO Gandobrigano x Antonia TREVIÑO Catalina
troubles de Flandre alias Lieven van Ghentbrugghe
(preceptor de gramáticus) x
Middelbourg 1544 (?)
x Tenerife 1570 Manuel de Olivera
La Laguna 1594-95
(1) C. VERLINDEN, Une fausse source de l’histoire coloniale du Pérou : Levinus Apollonius, De Peruviae regionis inventione (1566), Revista de la Sociedad Peruana de Historia, 4/1965, pp. 307-15.
(2) V. ANDREAS, Bibliotheca Belgica, Louvain 1623, p. 563, V. Andreas.
(3) L. ROERSCH, dans Biographie Nationale, t. IX, Bruxelles 1886-87, col. 570-74.
(4) Franciscus SWEERTIUS, Athenae Belgicae, Anvers 1628, p. 504 reprend les données de V. ANDREAS, tandis que Joh. Fr. FOPPENS, Bibliotheca Belgica, Bruxelles 1739, t II/p. 790, reproduit textuellement ce dernier.
(5) Baron DE SAINT-GÉNOIS, dans Biographie Nationale, t I, Bruxelles 1866, col. 350-51. K. VERSCHELDE, Geschiedenis van Middelburg in Vlaenderen, Bruges 1867, pp. 213-14.
(6) A. CIORANESCU, Levino Apolonio : un "historiador de Indias" en Tenerife, Anuario de Estudios Atlánticos, 6/1960, pp. 411-33.
(7) Museo Canario (Las Palmas), Inquisición de Canarias, CLXXVII-106, f°s 135r°-167v° : Preceso contra Levino Polonio [sic], flamenco, preceptor de gramática en la isla de la Palma, por proposiciones heréticas (dorénavant AIC/ms). Un résumé de ce dossier se conserve dans l’Archivo Histórico Nacional/Madrid, Sección de Inquisición, libro 831-1, quaterne La Palma.
(8) AIC/ms, f° 147r°.
(9) K. VERSCHELDE, Middelburg (o.c.), pp. 37-38, 82-83.
(10) A.C. DE SCHREVEL, Histoire du Séminaire de Bruges, t I1, Bruges 1895, p. 232.
(11) Une requête autographe (15 juin 1570) adressée à l’inquisiteur et son contrat de mariage (26 nov. 1570). AIC/ms, f° 143r° & A. Ciorasnescu, art. cit., p. 417.
(12) Toutes les spéculations sur la signification de Gandobru-
ganus comme originaire des confins des quartiers de Gand et de Bruges ou sur la traduction des patronymes flamands Pauwels ou Pyppelaere en Appollonius sont de pures fantaisies. Cfr. Biographie Nationale I, col. 360 & K. VERSCHELDE, Middelburg (o.c.) p. 213.
(13) Archives du Royaume à Gand/Archives de Middelbourg n° 15 (comptes fragmentairs); les échevins sont énumérés au début des années rarement conservées (1494, 1515-16, 1561, 1569).
(14) R.A. PARMENTIER, Indices op de Brugsche Poortersboeken, t. II, Bruges 1938, pp. 764-65.
(15) Nous remercions Mr. M. Martens de Middelbourg d’avoir bien vu contrôler les registres paroissiaux, conservées pour le début du XVIIe siècle, à la recherche du patronyme (Van) Gentbrugge, sans résultat d’ailleurs.
(16) AIC/ms, f°s 147r°, 151v°. A.C. DE SCHREVEL, Séminaire I (o.c.), p. 232.
(17) L’appellation d’"école latine" n’était pas applicable à l’école collégiale annexe à la cathédrale de Saint-Sauveur: l’enseignement du grammaire restait très primaire, du moins aux chorales; l’intention était surtout de former des pieux chrétiens peu lettrés; les meilleurs éléments visitaient une école privée aux frais du chapitre. Quant à l’église Notre-Dame, elle aussi se consacrait à la formation musicale. A. DEWITTE, De kapittelschool van de collegiale St Salvator te Brugge (1516-94), Handelingen Genootschap Société d’Émulation Brugge, 104/1967, pp. 7, 13-14. IDEM, De geestelijkheid van de Brugse Lieve-Vrouwkerk in de 16e eeuw, per. cit., 107/1970, pp. 111-12.
(18) A. DEWITTE, Scholen en onderwijs te Brugge gedurende de Middeleeuwen, per. cit., 104/1972, pp. 149-50, 161-65, 169. A.C. DE SCHREVEL, Séminaire (o.c.) pp. 133-39.
(19) A. DEWITTE, Het Humanisme te Brugge. Een overtrokken begrip (1463-1652), Handelingen Zuid-Ned. Maatschappij voor Taal-, Letterkunde en Geschiedenis, 27/1973, p. 17.
(20) AIC/ms, f° 151v°.
(21) A.C. DE SCHREVEL, Séminaire (o.c.), pp. 66, 103-04, 132-33, 138.
Biographie Nationale, t IX (o.c.) p. 570.
- Nous remercions Mr A. Dewitte, spécialiste de l’histoire de l’enseignement à Bruges, pour cette mise au point essentielle. Il a d’ailleurs bien voulu compléter de plusieurs conseils la lecture de notre manuscrit
(22) Contrairement à son futur élève A. Hoyus, qui étudierea à Louvain (1567-70) moyennant une subside des chanoines de Bruges - Levinus Apolonius/Lieven van Ghentbrugghe n’a pas reçu de formation universitaire. Il ne figure pas dans A. SCHILLINGS, Matricule de l’Université de Louvain t. IV (1528-69), Bruxelles 1966.
(23) A.C. DE SCHREVEL, Séminaire (o.c.), pp. 227-28, 231-33. V. ANDREAS, Bibliotheca (o.c.), p. 523.
(24) Levini Apollonii, Gandobrugani, Mittelburgensis, de Peruviae Regionis, inter Novi Orbis provincias celeberrimae, inventione : & rebus in eadem gestis, Libri V. Ad Iacobum Claroutium Maldeghemmae ac Pittemiae Dominum. Brevis, exactaque Novi Orbis & Peruviae regionis chorographia, Antverpiae, apud Ioannem Bellerum sub Aquila aurea. M.D.LXVI. Typis Amati Taverneri. In 12° (116 x 62 mm), 236+VII folios.
(25) Biographie Nationale, t. 24, Bruxelles 1926-29, col. 626-30. Idem, t. 2, Bruxelles 1868, col. 133-36.
(26) G. GLORIEUX, Belgica Typographica (1541-1600), s.l., 1977-80; t I, p 11/n° 145 & t. II, p. 13/n° 5093.
(27) En effet, il y avait déjà des Flamands dans la vice-royauté du Pérou, mais avant tout des petits-gens (serviteurs, tailleurs, techniciens miniers) et quelques rares marchands, mais certainement des compagnies E. STOLS, Gens des Pays-Bas en Amérique espagnole aux premiers siècles de la colonisation, Bulletin de l’Institut hist. belge de Rome, 44/1974, pp. 593-97.
(28) Augustín DE ÇÁRATE (sic), Historia del descubrimiento y conquista de la provincia del Perú, 1ère édition, Anvers 1555, 273 f°s.
(29) C. VERLINDEN, Une fausse source (art. cit.), à éliminé tour-à-tour tous les chroniqueurs publiés avant 1566 et parfois édités à Anvers (Fr. de Jérez, Fr. Lopez de Gómara, P. Cieza de León, N. de Albenino, P. Sancho de la Hoz).
(30) De wonderlycke ende warachtighe historie vaut coninckryk van Peru...door Agustin de Zarate, Anvers 1564, 206 f°s. Sur W. Silvins, imprimeur et auteur, voir Biographie Nationale t. 22, Bruxelles 1914-20, col. 512-13
(31) AIC/ms, f°s 143r°, 157v°.
(32) Genre de pamphlet anti-espagnol, le Discours sur l’histoire de la Floride... (1566) contient la relation d’un témoin oculaire, Nicolas le Challeux (Dieppe) - Vu la grande diffusion en France, Urbain Chauveton publie une réédition adaptée (1569) et l’incorpora ensuite dans sa traduction latine - intitulé Novae Novi Orbis historiae... (Genève, 1578) - de l’oeuvre italien de Girolamo Benzoni. Ce dernier auteur qui a d’ailleurs vécu pendant trois ans au Pérou, remplit la première partie du recueil d’ouvrages sur le Nouveau Monde, traduit en allemand par N. Höniger. Tous les ingrédients sont présents pour que la confusion règne. Cfr. A. CIORANESCU, art. cit., pp. 429-33. A.C. DE SCHREVEL, Séminaire (o.c.), t. I, pp. 228-30, avait déjà soupçonné l’erreur.
(33) De navigatione Gallorum in terram Floridam, de que clade a° MDLXV ab Hispanis accepta. Curieusement, V. ANDREAS mentionne deux éditions : l’originale d’ Anvers (1568) logiquement introuvable, et celle de Bâle (1583), cette dernière manifestement incorporée dans la compilation allemande de N. Höniger. ("von der Frantzosen Schiffarth in die Lantschaft Floridam").
(34) Dixit V. ANDREAS : ...iu Hispaniam profectus est, inde in Peruviam trajecit, qua in provinca, aut in insulis Canariis putatur obiisse. Est-ce que cette interprétation fautive est dérivée de l’allégation dubieuse de N. Höniger, lorsqu’il dit que ses sources ont les événements racontés ...zum theil selbst persönlich erfahren.
(35) Jacob van Claerhout, baron de Maldegem et seigneur de Pittem, écuyer-tranchant de Philippe II, capitaine de la ville fortifiée de l’Écluse, commissaire ordinaire au renouvellement du magistrat (Gand, Bruges, le Franc). J. GAILLARD, Bruges et le Franc, t I, Bruges 1857, pp. 244-45. Un cousin à lui, Judocus Clarout, étudiant en droit (1550-56) à l’université de Louvain, devient professeur privé à Bruges en 1564. P. VANDERMEERSCH, Bruggelingen te Leuven en aan buitenlandse studia, thèse de licence/Gand 1983, t II pp. 55-76.
(36) A. DEWITTE, Humanisme te Brugge (art. cit.), pp. 14-16. A.C. DE SCHREVEL, Séminaire (o.c.), t I, p. 367. Jacques Cruckius, professeur à Bruges, dédie aussi la publication des épodes d’Horace à Jacques Claerhout, dont l’aïeul maternel avait encouragé ses études.
(37) L. VANDAMME, Het Calvinisme te Brugge in beweging (1560-66), Brugge in de Geuzentijd. Bijdragen tot de geschiedenis van de Hervorming te Brugge en in het Brugse Vrije tijdens de 16de eeuw, Brugge 1982, pp. 102-122. J. DECAVELE, De dageraad van een Reformatie in Vlaanderen (1520-65), Brussel 1975, pp. 151-63, 173-90, 345-57.
(38) ...Yo divia y morava en la ciudad de Brujas al tiempo que por ella se levantaron las heregias y rebueltas, en la qual ciudad, entre todas estas baraondas de nuestra patria, nunca uvo mudamiento, ni se violaron los templos, ni se cometieron los desatinos que en otros lugares, ciudades y villas nefandamente se perpetuan...
...Muchas vezes en estas rebueltas me he visto escarnescido y aun afrentado de diversos herejes, porque volvia por la...yglesia de Roma...
...Pues de mi libre voluntad vine a estas islas... que no hize esto con otra intencion sino por vivir entre catolicos y verme apartado de las blasfemias y desatinos que por mis ojos y oydos passaron...
(39) F. FERNÁNDEZ-ARMESTO, The Canary Islands after the conquest. The making o a colonial society in the early 16th-century. Oxford 1982, pp. 160-68. J.A. VAN HOUTTE & E. STOLS, Les Pays-Bas et la "Méditerrané atlantique" au XVIe siècle, Mélanges F. Braudel, t I, Paris 1972, pp. 645-59.
(40) F. DONNET, Les Anversois aux Canaries. Un voyage mouvementé au XVIe siècle, Bulletin de la Société royale de géographie d’Anvers 19/1894, pp. 284-310 & 20/1895, pp. 206-363. IDEM, Les origines d’une entreprise commerciale anversoise aux Canaries au XVIe siècle, ibidem 39/1919, pp. 103-110.
(41) J. VAN CAPPELLEN, Los Van de Walle en Flandes, Revista de historia canaria, 141-48/1963-64, pp. 45-55.
(42) ...por ventura enformacion mas entera quien yo soy y como divi en Flandes, a la clara podra dezir esto un mancebo natural de la Palma, llamado...Diego de Guïsla, primo de Luys de Vandewal... AIC/ms, f° 151v°.
(43) Les chapelles funéraires des familles van de Walle/Vandewalle et Groenenbergh/Monteverde se trouvent dans ces couvents respectifs. Luis van de Walle était d’ailleurs le bienfaiteur des Dominicains.
(44) AIC/ms, f°s 143r°, 165v°.
(45) En 1563, l’Inquisition des Canaries sera temporairement incorporée dans le tribunal de Séville. Jusqu’alors et contrairement à la vigilance des tribunaux péninsulaires, le nombre des Flamencos persécutés aux Canaries resta très limitée. Les cas les plus notoires sont le procès contre Jácome de Monteverde (1526-32) - sur lequel nous préparons une étude - et la condamnation par contumace de Jan Cornelis Van Dyck (1557). W. THOMAS, Contrabandistas flamencos en Canarias (1593-97), IX Coloquio de historia canario-americana, t. II, Las Palmas 1993, pp. 58-60.
(46) AIC/ms, f°s 143r° (15 juin), 144r° (20 juillet 1570), 161v° (13 avril 1573, plaidoyer de l’avocat).
(47) En 1572, Gonçalo de Medina, fils du tonnelier G° Hernández, convoqué comme témoin à charge, s’absentera puisqu’il étudie à Osuna, AIC/ms, f°139. Plus tard, L. Apolonio se rappelle encore Miguel de Loreto, fils d’un licenciado (avocat) et qui se trouve à Séville.
(48) A. CIORANESCU, art. cit., p. 416. Le salaire annuel (1565) du précepteur publique s’élève à 12 doblas (6000 maravédis) seulement.
(49) Idem, p. 417; AIC/ms, f° 147r°.
(50) AIC/ms, f°s 145v°, 146v°, 152r°, 153v°. Le mandat initial, signé par le fiscal du Saint-Office, ordonnait ...que sea prezo y puesto en la carçel... ...y se le secuesten sus bienes. Cependant ni l’incarcération, ni le séquestre ne furent jamais appliqués. Idem, f° 136r°.
(51) En récitant l’Ave Maria, il termine par "benedictus fructus ventris tui, Jesus", suivi de Amen. Aux inquisiteurs étonnés, il explique qu’en Flandre on prie de cette façon abrégée, à vérifier dans las oras (livre d’heures = bréviaire).
(52) AIC/ms, f°s 149r°, 151v°, 152r°, 155r°.
(53) W. THOMAS, Contrabandistas (art. cit.), pp. 60-61.
(54) AIC/ms, f°s 160v°-162r°. Nous supposons que le licenciado Nava, jues de la Contratación de las Indias, est un avocat d’office, affecté au tribunal (idem, f° 157v°).
(55) Idem, f°s 163v°-166v°. Sur la colonie marchande flamande, très active sur Gran Canaria, voire M. LOBO CABRERA, El comercio entre Gran Canaria y Flandes hasto 1558, a través de la burguesía mercantil, Anuario Centro Asociado Las Palmas, 5/1979, pp. 37-39, 44-47 et surtout IDEM, La diáspora flamenca en Gran Canario durante el quinientos, à paraître dans Collectanea Maritima, t VI, Bruxelles 1996. Le choix de D. Vandamme est plutôt controversable, puisqu’en 1573-77 il sera également persécuté par l’Inquisition.
(56) AIC/ms, f° 166v°, 167r°.
(67) A. CIORANESCU, Un visionario de la hoguera. La vida y las obras de Juan Bartolomé Avontroot, Anuario de Estudios Atlánticos, 20/1974, pp. 553-54.
(58) AIC/ms, f° 167r°v°.
(59) La suite de sa carrière est un résumé de la reconstruction, réalisée par A. CIORANESCU, levino Apolonio (art. cit.), pp. 418-22.